Absolutisme

L’absolutisme – néologisme formé au 19ème siècle – caractérise un système de gouvernement qui a connu son apogée au 17ème siècle. Transition entre la féodalité et les “Lumières”, il accompagne la modernisation et la stabilisation du pouvoir étatique après les violents conflits confessionnels qui déchirèrent une partie des sociétés européennes de la fin du 16ème siècle. Mais sa compréhension s’est toujours montrée sujette à des interprétations diverses et sa mise en pratique a parfois pris des formes paradoxales: telle est la “singularité de l’absolutisme” (E.H. Kossmann).
L’un des premiers théoriciens, les plus systématiques, de l’absolutisme fut Jean Bodin qui, au chapitre 8 du Livre I des Six Livres de la République (1576) définit la souveraineté comme le pouvoir absolu de faire la loi “sans le consentement des sujets”. Cette conception est toutefois à distinguer radicalement – Bodin l’explicite lui-même – d’un pouvoir despotique dans la mesure où l’auteur des Six Livres conserve toute leur légitimité aux lois fondamentales du royaume (loi salique, inaliénabilité du royaume), mais aussi soumet le pouvoir royal aux lois divines et naturelles.
Ce qu’il faut retenir du sens donné, la plupart du temps, à l’absolutisme c’est qu’il constitue le principe fondamental de l’Etat bien plus que la caractéristique d’une forme particulière de gouvernement. Ainsi, par exemple, les néerlandais, après avoir combattu l’absolutisme monarchique du souverain espagnol Philippe II, au nom de la sauvegarde de leurs “privilèges et libertés”, invoquèrent, pour défendre leur “République”, une forme de souveraineté indivisible et absolue afin de pouvoir s’opposer au partage des attributions avec les princes d’Orange et subordonner le pouvoir ecclésiastique à l’autorité politique.
Quelles que soient ses interprétations et ses formes, l’absolutisme renvoie à une conception rationaliste, dynamique et sécularisée de la gestion politique. S’il ne survécut pas en tant que système de gouvernement à la critique des philosophes des “Lumières”, c’est parce qu’il s’est exacerbé dans une censure de la responsabilité individuelle après avoir en avoir “créé les conditions d’épanouissement” (R. Koselleck). L’idée de souveraineté absolue marque un moment essentiel dans la genèse de l’Etat moderne.

Catherine Secretan

Bibliographie:

On trouvera, dans ces trois références, certaines des sources essentielles pour les auteurs aussi bien que pour les monographies de base.

Theorie politique et histoire / Ernst H. Kossmann ; textes édités et présentés par Catherine Secretan. – Napoli : Vivarium, 2003. – 236 p. ; 22 cm. – (Biblioteca europea ; 31). Met index. ISBN 88-85239-75-7 pbk

L’absolutisme / Richard Bonney. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989. – 125 p. ; 18 cm. – (Que sais-je? ; 2486). Avec bibliographie. ISBN 2-13-042616-6

Le règne de la critique / Reinhart Koselleck ; traduit de l’allemand par Hans Hildenbrand. – Paris : Les Éditions de Minuit, 1979. – 180 p. ; 22 cm. – (Arguments). Traduction de: Kritik und Krise. – Albert, 1959.
ISBN 2-7073-0274-0